Carnet de route
Cuits d'escalade ! au Pont de l'Arn
Le 07/06/2026 par Eric Salazard
’’ Même les singes tombent des arbres.’’ Proverbe japonais
Après nous avoir fait mouliné au Moulenc (Montroc) puis à Dourgne, grimpé en tête à nouveau au Moulenc ainsi qu’un peu plus bas au Castellas, Bruno a proposé à notre ’’groupe débutants’’ un nouveau support naturel pour cordes, dégaines et acrobates : la surprenante falaise du Pont de l’Arn.
Ce dimanche matin-là, le groupe est aminci de moitié avec Anne, Claudia, Lionel et Eric - scripteur du jour. A la recherche de nouvelles sensations et d’un peu plus de maîtrise dans notre pratique de la grimpe en tête, nous suivons en totale confiance notre duo / couple de moniteurs, Cécile et Bruno, tout aussi attachants que solidement liés, l’un à l’autre, comme les deux nœuds de pêcheur de l’indispensable ficellou.
Quelques minutes de marche avec une descente à travers bois nous menèrent au pied d’une belle falaise de gneiss, exposée plein sud et tapissée d’une douzaine de voies (de 4a à 6b) de 20/25 m pour les plus longues. Habitué des lieux, topo en main, Bruno nous présenta le menu pour stimuler encore, si besoin était, notre appétit à grimper : dièdres, toits, fissures et autres prises inversées s’ajoutaient au plaisir de défier des voies de longueurs supérieures aux précédentes sorties.
La journée s’annonçait chaude à tous points de vue ! Notre mentor nous proposa un programme progressif et nous avertit que la température pourrait être torride sur le temps méridien, lors duquel il prévoyait un atelier technique plus à l’ombre.
Pour la mise en train, chaque binôme démarra en tête sur les voies les plus faciles. La difficulté croissant, les voies se sont enchaînées, chacune proposant sa petite différence, son charme propre, révélateurs, pour les grimpeurs du jour, de leurs progrès au dixième mois d’apprentissage.
C’est alors que survint, autour de 13h -quand les bourrins sont à cours de foin, une 5b démarrant par une fissure engageante et ornée d’un toit aussi modeste que sournois ; voie désirable et incontournable, autant dire qu’elle fut fatale !
Pourtant ouverte allègrement par une Cécile des grands jours ; Lionel s’y essaya sagement en moulinette et atteignit le sommet non sans difficultés ni légères entorses au règlement des puristes, en minorité ce dimanche-ci.
Partie en tête, la souple et gracieuse Claudia tenta plusieurs fois de franchir le toit, mais subit presque autant d’envols, parfois artistiques et toujours bien assurés. Vint le tour d’Eric, en tête aussi, dont l’excuse de l’hypoglycémie ne suffit pas à expliquer son incapacité à franchir ce sacré toit, même au bout de plusieurs tentatives qui, comme pour Claudia, se conclure par de jolis retours directs au niveau inférieur !
Pendant ce temps, Anne, prudente et aussi entamée par une matinée bien coûteuse en calories, optait pour une montée visuelle de cette 5b, aiguisant de facto son analyse de la chute des corps et encourageant très solidairement les mêmes corps à remonter ...
Et, pour finir la séquence en beauté – ainsi que ramener les dégaines abandonnées par ses apprentis grimpeurs, Bruno fit la montée quasi d’une traite ; passant le toit comme on monte une marche d’escalier, et démontrant encore que ses précieux conseils ne sont pas que théoriques !
Il était alors grand temps pour tous de refaire le plein de foin ou de cerises.
Trouvant un coin d’ombre au plus bas de la falaise, après le repas, Bruno nous initia à l’installation du matériel de descente en rappel, en toute sécurité. Cet atelier a pu donner envie à la plupart de poursuivre l’an prochain le cours de perfectionnement de Jean-Marie. L’ombre tombant peu à peu sur la paroi, nous pûmes nous refaire la cerise sur d’autres 4+ ou 5a, avant que Bruno nous offre notre première descente en rappel. Pour cela, il avait installé un relais à mi-pente, sur lequel nous pûmes exercer les gestes vus un peu plus tôt, et descendre autonomes vers Cécile qui veillait en bas. Un grand merci à Bruno de nous avoir fait découvrir cela aussi.
La journée bien remplie, il était l’heure de se satisfaire mutuellement des progrès procurés au contact de cette falaise rugueuse, et des émotions et éclats de rire partagés sans retenue grâce à notre passion commune.
Sage falaise
De gneiss et de soleil,
Cuits d’escalade !





